Le 12 septembre dernier, quelque 500 livreurs africains de la plateforme Uber Eats, pour beaucoup sans-papiers, ont manifesté à Paris devant le siège français de la firme américaine, après la déconnexion de 2 500 comptes de travailleurs identifiés comme frauduleux. Certains pointent l’hypocrisie d’Uber Eats. 

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« Ce que Uber est en train de faire est dégueulasse », « Uber voleurs », « livreurs en colère », « justice pour les livreurs ».… Tels sont quelques propos scandés par des livreurs contre la société Uber Eats lors d’une manifestation entre la place de la République et le siège français de la société américaine, spécialiste de la livraison de repas à domicile. La police a indiqué avoir compté 350 manifestants, tandis que les organisateurs en ont recensé 500. « J’ai été déconnecté il y a deux semaines, j’ai travaillé pendant tout le confinement, je demande à Uber de me mettre en règle afin que je puisse travailler librement », a déclaré Osseni Koné, un Ivoirien de 34 ans qui travaillait pour Uber Eats depuis 2019. Comme lui, de nombreux coursiers regrettent ces déconnexions « brutales » après plusieurs années à travailler pour l’entreprise américaine. « On a été déconnectés de manière barbare, tout ce qu’ils ont dit c’est ‘document frauduleux’ », déplore un livreur ivoirien qui préfère conserver l’anonymat et qui présente un taux de satisfaction de 99% sur l’application après un an de livraison pour Uber Eats. Uber répond que ces nombreuses désactivations sont la conséquence d’un audit diligenté après la signature d’une « charte » avec le gouvernement pour « harmoniser les pratiques de contrôle entre plateformes », afin de lutter contre la sous-location irrégulière des comptes de livreurs.

Les 60 000 comptes actifs ont donc été audités « par un prestataire externe » qui a identifié 2 500 profils considérés comme frauduleux. Tous les livreurs interrogés reconnaissent avoir utilisé des papiers d’identité ne leur appartenant pas pour créer leur profil mais critiquent l’hypocrisie d’Uber. « Pendant trois ans j’ai travaillé comme ça pour eux », s’indigne Ismaël Meïté, un Ivoirien de 32 ans sans-papiers. « Ils savaient très bien que la pièce d’identité et la photo de profil n’étaient pas identiques mais ça n’a pas posé de problème. Pendant le Covid on a travaillé énormément et maintenant ils disent qu’on n’est pas conformes? », dénonce-t-il. Uber Eats assure que chaque livreur a été informé de la raison de sa désactivation et qu’il existe une possibilité d’appel, ce qu’aucun des livreurs interrogés lors de la manifestation n’a confirmé. Uber a également indiqué avoir réactivé 3,8% des comptes déconnectés après réexamen de certains cas particuliers. Un groupe composé de plus de 700 livreurs a été créé sur Telegram pour demander à Uber de régulariser la situation des coursiers qui ont été bannis. Un message repris récemment par trois syndicats qui demandent d’élargir le champ d’application de la circulaire Valls. 

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Photographie | Robert Anasch