Régulièrement utilisés pour remplacer le sucre dans des boissons et dans différents aliments, les édulcorants pourraient être associés à des risques accrus de maladies cardiovasculaires, selon une étude française publiée début septembre dans le British Medical Journal. 

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Pour la santé, le sucre, c’est pas génial ; les édulcorants seraient-ils pire encore ? Il fallait s’y attendre, l’innocuité des additifs alimentaires fait débat. Déjà, en mars dernier, une étude montrait que les personnes consommant le plus d’édulcorants, notamment d’aspartame et d’acésulfame-K, ont un risque plus élevé de cancer. Il s’agissait d’une étude observationnelle française, publiée par des chercheurs de l’Inserm, de l’INRAE, de l’université Sorbonne Paris Nord et du Cnam. Pour explorer cette fois les risques cardiovasculaires associés, ces membres de l’équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (EREN) ont utilisé la même méthodologie sur les données de santé et de consommation d’édulcorants de 103 388 Français et Françaises adultes participant à l’étude de cohorte NutriNet-Santé. 

Les volontaires ont ainsi détaillé leurs consommations alimentaires. 37% des participants ont consommé des édulcorants, en moyenne 42,46 mg/jour, soit l’équivalent d’un sachet individuel d’édulcorant de table ou de 100 ml de soda light. Après avoir recueilli des informations sur le diagnostic de maladies cardiovasculaires au fil du suivi (2009-2021), des analyses statistiques ont étudié les associations entre consommation d’édulcorants et risque de telles maladies. Selon l’étude, les édulcorants artificiels, notamment aspartame, acésulfame-K et sucralose, sont associés à des risques accrus de maladies cardiovasculaires, cérébrovasculaires et coronariennes. Sur neuf ans de suivi, 1 502 événements cardiovasculaires sont survenus (crises cardiaques, angines de poitrine, angioplasties, accidents vasculaires cérébraux…).

Jusqu’alors, des études avaient suggéré une augmentation du risque de maladies cardiovasculaires associé à la consommation de boissons édulcorées. Aucune ne s’était penchée sur l’exposition aux édulcorants dans leur ensemble, selon les auteurs. « Ces résultats, en accord avec le dernier rapport de l’OMS publié cette année, ne soutiennent pas l’utilisation d’édulcorants en tant qu’alternatives sûres au sucre », conclut le Dr Mathilde Touvier, directrice de recherche à l’Inserm et coordinatrice de l’étude. 

Celle-ci comporte cependant des limites. Cette « étude observationnelle ne peut répondre à la question posée » en raison de « différences majeures dans de nombreuses caractéristiques des personnes consommant des édulcorants artificiels par rapport à ceux qui n’en consomment pas », a notamment jugé auprès du Science Media Center Naveed Sattar, professeur de médecine des maladies métaboliques à l’université de Glasgow. A ses yeux, elle « suggère beaucoup trop fortement un lien de causalité entre les édulcorants et les maladies cardiovasculaires » avec une méthodologie pas assez solide, et il faudrait des « essais randomisés à plus long terme et de plus grande envergure ». D’autres recherches seront nécessaires pour reproduire et éventuellement confirmer ces résultats.

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Photographie | Alexander Grey