Derrière le barbecue, symbole de la coupable virilité masculine, l’homme se révèle être plus pollueur que la femme. Dans ce débat de société qui ne fait que commencer, l’homme constitue la cible parfaite et certain(e)s n’hésitent pas à lancer une politique de la terre brûlée. 

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Si tu es un homme, si tu as un barbecue et si tu y fais griller, de temps en temps, ta jolie saucisse ou ta généreuse côte de bœuf, sache que tu es coupable. Gravement coupable même. Ta faute, que dis-je, tes fautes sont multiples. D’abord, face à ton « totem viril » qu’est le barbec’, tu te la pètes grave face à des femmes qui ne peuvent qu’avaler ta saucisse avec délectation ou mordre doucettement dans ta côte de boeuf qui, bien évidemment, sera servie saignante. À l’exact opposé du sexe féminin, tu maitrises le feu et le jeu du sang. Où l’on retrouve la « même mythologie sanguine que le vin », chère à Roland Barthes. Ensuite, la viande, ça pollue. Et comme l’homme mange plus de barbaque que la femme, le coupable est tout désigné. Ne me dites pas que la différence de régime alimentaire est infime entre les sexes car la science s’est bien évidemment penchée sur la question et a apporté une réponse comme toujours d’une précision diabolique : une étude britannique publiée en 2021 précisait que le régime alimentaire des hommes émet 41% de plus de gaz à effet de serre que celui des femmes. En cause ? La viande pardi ! Enfin, il ne faudrait plus qu’une petite flamme sanitaire s’allume pour rappeler que la cuisson au barbecue comporte un risque cancérigène, et la coupe serait pleine. La queue de la grille dans la main, l’œil pervers sur la saucisse, la chaleur de la flamme toute proche, notre cuisinier du dimanche, une bière à la main (forcément !), n’est en fait qu’un tueur en série, misogyne, castrateur, et à l’origine de la sixième extinction massive des espèces. À l’instar de la « taxe carbone », à quand la création d’une taxe « barbecue », dans le cadre de la loi de transition énergétique pour la croissance verte, pour avoir le droit de faire rougir les braises dans son jardin ? Attention, heureux propriétaires de barbecue, cachez votre appendice charbonné dans la cabane au fond du jardin car, sinon, il risque d’être détérioré, voire dérobé, par quelques féroces militant(e)s de la cause animalo-écolo-féministes qui n’hésitent déjà pas à dégonfler les pneus de vos rutilants SUV. 

Bien sûr, nous pourrions sourire, voire rire, de tout cela, n’y déceler que du second degré, mais il y a fort à parier que le sujet prenne de l’ampleur dans les mois et années à venir : la supériorité masculine et ses outils de domination, barbecue en tête : comment changer de paradigme ? Toute la polémique autour des récents propos de la députée Sandrine Rousseau (il faut « changer de mentalité pour que manger une entrecôte cuite sur un barbecue ne soit plus un symbole de virilité » ; propos tenus lors d’une table ronde samedi 27 août) prouve que le sujet est brûlant. Elle prouve également que l’alimentation – et donc la restauration – représente un champ politique à part entière, querelleur à souhait. Et l’on ne peut que regretter l’absence d’une réelle représentation dans l’actuel gouvernement (comme dans les précédents). Ce qui est à craindre surtout, c’est qu’une forme d’hystérie s’empare de ces sujets et que certains hargneux multiplient les raccourcis, donc les excès, donc les approximations. Ainsi de la députée Clémentine Autain (La France Insoumise) qui avance que « les femmes mangent deux fois moins de viande rouge que les hommes, (…) donc il y a une différence des sexes dans la façon dont nous consommons de la viande. Et les personnes qui décident de devenir végétariennes sont majoritairement des femmes ». Lâchons un instant les ustensiles de cuisine et applaudissons des deux mains Clémentine Autain pour cette petite phrase qui ne sert à rien, sauf à exciter les un(e)s contre les autres. En stigmatisant le barbecue, « symbole de virilité » et son utilisateur – homme pollueur -, certains députés écologistes et insoumis s’adonnent à la politique de la terre brûlée. Avec un barbecue, c’est si facile. 

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Photographie | Phil Hearing