Mais qui fait la publicité du « riflon », surnom du Ricard, sur TikTok et Instagram via le compte « yourbestriflon » ? L’association Addictions France aimerait avoir la réponse et supprimer celui (ou celle) qui vante les mérites d’une boisson « plus jaune que l’or et plus brillante que le soleil » et dotée d’un logo jaune et bleu « sans aucun lien avec Ricard ». Orage dans les prétoires pour.. une tempête dans un verre d’eau.

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Balance ton compte ! L’association Addictions France demande à la justice d’obliger TikTok et Instagram/Meta à lui communiquer le nom et les coordonnées de l’internaute derrière le compte « yourbestriflon », soupçonné de faire une publicité déguisée pour le pastis Ricard. Une vidéo de « yourbestriflon »postée sur TikTok montrait « une jeune femme conduisant un peu rapidement, qui s’arrêtait, prenait un verre de Ricard et repartait en voiture », a expliqué vendredi devant le tribunal judiciaire de Paris Me François Lafforgue, l’avocat d’Addictions France. « C’est typiquement ce qu’on ne veut pas voir ! », a-t-il dit lors d’une procédure « d’audience accélérée au fond », voisine de la procédure de référé.

Sur Instagram, « yourbestriflon » (16 900 abonnés) accueille l’internaute avec la mention « plus jaune que l’or et plus brillant que le soleil, nous sommes Riflon », avec un logo jaune et bleu, et la mention… « aucun lien avec Ricard ». Parmi la série de photos accessibles – désormais uniquement après autorisation du détenteur du compte -, figurent par exemple une image de deux enfants qui se demandent si le pastis est bien de l’alcool, a expliqué Me Lafforgue. Au-delà de ce cas particulier, « il y a tout un tas de publicités cachées, déguisées qui apparaissent sur les réseaux sociaux », a expliqué Me Lafforgue. Ainsi par exemple, des influenceurs sont « sponsorisés pour aller en Thaïlande », et poster des photos d’eux avec tel ou tel alcool. « C’est un marketing d’influence, un sponsoring d’addiction qui réduit à néant les efforts des bénévoles » d’Addictions France, a-t-il regretté.
   
Face aux demandes de retrait des contenus, et d’identification de l’internaute déposées par l’association, les deux réseaux sociaux ont eu des attitudes différentes. TikTok a déjà accepté de retirer la vidéo. Et il ne s’oppose pas à fournir les données d’identification de l’internaute derrière le compte, pourvu que le tribunal le lui ordonne. Mais Meta refuse de coopérer. « Ce n’est pas parce qu’Addictions France poursuit une lutte tout à son honneur que Meta doit agir », a plaidé son avocate Me Agathe Malphettes. Meta a invoqué tout une série de raisons de forme pour ne pas obtempérer, affirmant notamment que seule une juridiction irlandaise pouvait être compétente, puisque son quartier général pour l’Europe y est établi.
   
Plus au fond, Meta ne peut supprimer des contenus que s’ils sont « manifestement illicites », a justifié Me Malphettes. Or Addictions France n’a pas justifié pour chacune des photos publiées sur
le compte Instagram pourquoi elles étaient « contraires à la loi », a-t-elle fait valoir. Par ailleurs, l’association dispose d’une adresse gmail pour l’internaute en cause, et « on ne voit pas pourquoi elle n’aurait pas pu s’adresser à Google » pour l’identifier, a-t-elle également estimé.

Sollicité par l’AFP, Ricard n’était pas immédiatement joignable. Le tribunal rendra sa décision le 13 mai. Sa décision est importante car elle sera l’une des premières à s’appuyer sur de nouvelles dispositions sur la responsabilité des réseaux sociaux, adoptées en août 2021 dans le cadre de la loi confortant les principes de la République, dite aussi loi « contre le séparatisme ». La loi Evin de 1991 encadre très strictement les publicités pour les alcools. Elle dit notamment que ces publicités doivent se limiter « à un contenu informatif », et qu’il ne peut y avoir « aucune association avec la fête, la convivialité, l’humour », a indiqué Me Lafforgue.


Pratique
Lien vers le compte Instagram Yourbestriflon
Lien vers le site de l’association Addictions France

Photographie
Stephan Coudassot | Unsplash