Devant le Conseil de sécurité de l’ONU, la Russie a été accusée mardi 29 mars d’avoir provoqué une « crise alimentaire mondiale » voire de faire courir un risque de « famine » en ayant déclenché une guerre contre l’Ukraine, le « grenier à blé de l’Europe ». Le président russe « Vladimir Poutine a commencé cette guerre. Il a créé cette crise alimentaire mondiale. Et il est celui qui peut l’arrêter », a martelé la numéro deux de la diplomatie américaine Wendy Sherman lors d’une réunion du Conseil de sécurité consacrée à la situation humanitaire en Ukraine. Pour la secrétaire d’Etat adjointe, « la Russie et le président Poutine portent, seuls, la responsabilité d’avoir fait la guerre à l’Ukraine et des conséquences de cette guerre sur la sécurité alimentaire mondiale ».

L’ambassadeur de France à l’ONU Nicolas de Rivière a enfoncé le clou: « L’agression de la Russie contre l’Ukraine accroît le risque de famine à travers le monde. Les populations des pays en voie de développement sont les premières touchées ». Et, a affirmé le diplomate français, « la Russie essaiera certainement de nous faire croire que ce sont les sanctions adoptées à son encontre qui déséquilibrent la sécurité alimentaire mondiale ». Son homologue russe, Vassily Nebenzia, a rétorqué que « les véritables raisons des graves turbulences sur les marchés mondiaux de l’alimentation ne sont en aucun cas dues aux agissements de la Russie, mais plutôt à l’hystérie incontrôlée des sanctions lancées par l’Occident contre » Moscou. Pourtant, a averti l’adjointe du secrétaire général de l’ONU pour les Affaires humanitaires, Joyce Msuya, le conflit en Ukraine « menace de faire encore empirer les choses pour les plus grandes crises humanitaires de la planète, comme en Afghanistan, au Yémen et dans la Corne de l’Afrique ». « Ces pays luttent déjà contre l’insécurité alimentaire, la fragilité de

leurs économies, l’augmentation des prix de l’alimentation, des carburants, des engrais qui vont affecter durement les saisons actuelle et à venir », a prévenu la Tanzanienne.

Le directeur du Programme alimentaire mondial (PAM), David Beasley, et Wendy Sherman ont rappelé que l’Ukraine et la Russie étaient des « producteurs majeurs » de céréales, représentant « 30% des exportations mondiales de blé, 20% du maïs mondial et 75% de l’huile de tournesol ». Quelque « 50% des céréales que nous achetons viennent d’Ukraine et nous nourrissions 125 millions de personnes » avant la guerre, a souligné David Beasley en prévenant de l’impact « dévastateur » que la crise va avoir sur les opérations du PAM.

Vendredi, les Vingt-Sept de l’Union européenne avaient annoncé une initiative pour atténuer les pénuries alimentaires provoquées par la guerre. L’UE et les Etats-Unis souhaitent un engagement multilatéral contre les restrictions à l’export des matières premières agricoles. Des pénuries de céréales susceptibles de provoquer des émeutes de la faim sont redoutées au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. L’Egypte, la Turquie, le Bangladesh ou le Nigeria, des pays très peuplés, sont les principaux importateurs de céréales de Russie et d’Ukraine.


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