Après une année blanche, les retrouvailles de la plus grande ferme de France ont été bouleversées par la guerre en Ukraine, dont les conséquences potentiellement dévastatrices pour l’alimentation mondiale ont accaparé les esprits du 58e Salon de l’Agriculture. Un mot était sur toutes les lèvres, et celle du président de la République en premier lieu : souveraineté. Retour sur le Salon en mots-clés.

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Repenser l’agriculture

« Cette guerre durera » et « il faut nous y préparer ». Dès les premières minutes, la joie des « retrouvailles » sous le signe desquelles était placé ce salon a laissé place à la solennité du président Emmanuel Macron, dont la brièveté de la visite – une heure et demie contre douze heures minimum habituellement – a illustré l’urgence : celle de repenser l’agriculture française comme européenne alors que deux puissances majeures du secteur venaient d’entrer dans un conflit à l’issue incertaine.

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La souveraineté, voilà l’essentiel

Le terme a été prononcé à onze reprises lors de l’allocution du chef de l’État et été brandi par tous, des semenciers aux céréaliers. « Cette zone de guerre, qui est une zone extrêmement productive, est totalement à l’arrêt. 30% des échanges mondiaux en céréales se font dans la mer Noire. Aujourd’hui la mer Noire est minée », a souligné Éric Thirouin, président de l’AGPB (producteurs de blé). De quoi s’inquiéter pour les éleveurs de cochons et de volailles, déjà confrontés depuis un an à une flambée des matières premières. Et l’ensemble des agriculteurs craint de manquer d’engrais compte tenu du rang qu’occupe la Russie dans ce secteur. Les producteurs de grandes cultures ont sauté sur l’occasion pour remettre en cause la nouvelle mouture de la Politique agricole commune européenne (PAC), qui s’apparente selon eux à une politique de « décroissance »: « L’Europe nous oblige à mettre en jachère 4% des terres, cette orientation doit être stoppée immédiatement. Il faut redonner de la flexibilité aux exploitations agricoles, pour répondre à tous les enjeux de production », ont-ils déclaré dans une tribune. « L’Europe a une responsabilité nourricière vis à vis de ses partenaires », a souligné par ailleurs le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie, qui a rappelé « la terrible sécheresse qui sévit sur le bassin méditerranéen », notamment au Maroc. De nombreux pays de la région étaient ces dernières années ultra-dépendants des exportations de la mer Noire.

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Rétorsions : peur sur la ville… et la campagne

Comme en 2014 lors de l’annexion de la Crimée par la Russie, l’industrie agroalimentaire redoute de nouvelles rétorsions commerciales de la part de Moscou, qui fermeraient la porte à de nouveaux produits. La Russie a d’ores et déjà recommandé aux producteurs d’engrais russes de suspendre temporairement leurs exportations, invoquant le « sabotage » d’entreprises étrangères entravant
le transport de ce produit, dont le pays est l’un des principaux producteurs. « Nous savons que la Russie livre 17% du gaz à la France, 23% du pétrole, et énormément d’engrais: 70% du gaz sert à faire des engrais et nous avons eu l’année dernière une augmentation de 138% du prix des engrais », s’est inquiétée Christiane Lambert, présidente de la FNSEA.

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Inflation : un sujet central

La flambée des coûts grève lourdement le revenu des agriculteurs, sujet crucial et sensible depuis des années. Seul rayon de soleil lors de ce salon de l’Agriculture, les négociations commerciales annuelles se sont soldées par une hausse de 3% des prix payés aux industriels, après huit années de déflation de la part des distributeurs, selon le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation. Le mérite en revient d’après lui notamment à la récente loi EGalim2.

Transhumance : la défense d’un modèle

La montagne et son modèle d’agropastoralisme ont été à l’honneur de ce salon, ouvert sous l’oeil de la vache égérie Neige, une robuste vache Abondance de Haute-Savoie, et clôturé dimanche par une « transhumance béarnaise » sur les Champs-Élysées: 2022 brebis et 350 artistes venus faire découvrir aux citadins l’agropastoralisme. L’occasion de faire partager le combat d’hommes et de femmes pour maintenir cette pratique ancestrale de la migration du bétail vers les estives dès l’arrivée des beaux jours : une marche au rythme des bêtes qui s’inscrit dans une économie locale et la défense d’un patrimoine.

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Fréquentation : mieux que prévu

Côté fréquentation, ce fut mieux qu’espéré. « On espérait atteindre les 400 000 visiteurs, on a légèrement passé les 500000. On est très content », a déclaré à l’AFP Jean-Luc Poulain, président
du Ceneca, propriétaire du Salon de l’Agriculture. La fréquentation est donc en retrait d’environ 15% par rapport à la moyenne des cinq dernières années, autour de 600 000, mais « certains salons font -30, -40% » après pandémie, a indiqué Jean-Luc Poulain, soulagé, même si ces chiffres
passent un peu au second plan, compte tenu du contexte.


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