Atabula a décidé de publier la lettre ouverte de l’association Bloom en faveur d’une « petite pêche côtière » . Elle demande au Gouvernement français de prioriser les aides afin d’éviter une faillite de la petite pêche côtière et d’inclure dans toutes les discussions les aides au secteur de la pêche, des associations de petits pêcheurs côtiers, des prud’homies, des ONG environnementales et des scientifiques.

_____

La lettre ouverte

La petite pêche côtière est en souffrance et son avenir est plus que jamais en danger en cette période de crise du COVID-19.

La tentation est grande d’attribuer ces problèmes aux conditions exceptionnelles que nous traversons. Mais la crise mondiale actuelle ne fait que mettre en lumière et amplifier des problèmes structurels déjà existants. En effet, depuis plus de 50 ans des politiques publiques défaillantes ont permis l’essor d’une pêche industrielle qui saccage notre bien commun, l’océan, à un rythme sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Cet essor s’est fait au détriment d’une petite pêche côtière, la seule capable d’assurer la protection de l’océan en raison de son ancrage dans les territoires, sa connaissance des écosystèmes marins locaux et ses méthodes de pêche douces.

Or l’océan est le poumon oublié de la planète : il produit 50% de l’oxygène que nous respirons, soit une respiration sur deux, et absorbe une grande partie du CO2 que nous rejetons. Il est essentiel à la lutte contre le changement climatique. Si la petite pêche côtière s’effondre, c’est donc notre avenir qui s’effondre avec elle.

Ce risque d’effondrement de la petite pêche côtière est de fait révélateur de notre impréparation face aux mutations écologique et sociale : la crise actuelle nous rappelle de manière brutale l’impérieuse nécessité de redéfinir et défendre les activités essentielles à notre avenir – les activités respectueuses et protectrices du bien commun, telle que la petite pêche côtière. Or pour cela nous devons oser, sans équivoque.

Osons sortir d’une logique productiviste, anthropocentrée et individualiste pour entrer dans une logique de l’équilibre, de l’interdépendance avec le vivant et du lien à l’autre.

Osons redéfinir la pêche industrielle pour ce qu’elle est réellement : un saccage légal du bien commun – l’océan, la biodiversité, et les communautés côtières – afin de maximiser les profits d’une minorité.

Osons une inversion de l’expertise : les experts de la pêche ne sont pas les industriels lancés dans une course aux “innovations” technologiques toujours plus destructrices, mais les petits pêcheurs côtiers qui œuvrent pour une pêche respectueuse du bien commun.

Osons nous appuyer sur une recherche scientifique indépendante des intérêts financiers et/ou politiques d’une minorité pour lutter contre la colonisation de l’imaginaire collectif par la pseudo-science de la pêche industrielle.

Osons nous battre aux côtés de celles et ceux qui assurent au quotidien la protection du bien commun : les petits pêcheurs côtiers, les scientifiques et les ONG.

Les petits pêcheurs côtiers n’ont pas besoin d’être sauvés ; ils ont besoin que nous assurions collectivement les conditions nécessaires pour qu’ils continuent d’exister. C’est pourquoi, nous, signataires de cette lettre ouverte, demandons au gouvernement de faire face à sa responsabilité de préservation du bien commun en prenant les mesures suivantes :

  1. Prioriser les aides afin d’éviter une faillite de la petite pêche côtière. L’argent public ne peut en aucun cas continuer à financer la destruction du bien commun à travers des aides dictées et captées par les armements industriels.
  2. A l’heure actuelle, le Comité national des pêches maritimes et des élevages marins, verrouillé par la pêche industrielle, est l’unique interlocuteur du gouvernement. Afin d’assurer une représentation équitable, nous demandons au gouvernement d’inclure dans toutes les discussions sur les aides au secteur de la pêche des associations de petits pêcheurs côtiers, des prud’homies, des ONG environnementales et des scientifiques.

_____

Définition de la « petite pêche côtière » – La “petite pêche côtière” est définie au niveau européen comme les navires de moins de 12m de long et utilisant des engins de pêche “passifs” (aussi appelés “statiques” ou “dormants”) tels que les lignes, les casiers et les filets. En France métropolitaine, cette catégorie représente 4 310 des 6 240 navires actifs au 14 avril 2020, soit 70% de la flotte (d’après les données du registre européen de la flotte : https://webgate.ec.europa.eu/fleet-europa/index_en). Bien sûr, les 150 navires de plus de 12m mais faisant moins de 15m et utilisant des engins passifs pourraient être considérés comme faisant également partie de cette “petite pêche côtière”.

_____

PratiqueLien pour signer la Lettre Ouverte sur le site de l’association BLOOM

_____

Photographie – Remi Yuan / Unsplash