Jacques Borel, plus de 80 printemps, est l’une des figures marquantes du paysage de la restauration française. Mais quelle image a-t-il auprès du grand public ? Les cinéphiles se rappellent probablement du célèbre M. Tricatel dans le film L’aile ou la cuisse de Claude Zidi (1976) : c’est lui, l’homme qui incarne l’émergence de la malbouffe. Pour les non-cinéphiles ou les plus jeunes, il est fort possible que l’homme soit un illustre inconnu. Son parcours est pourtant d’une rare richesse et bien plus complexe que cette seule image négative qui lui colle à la peau.
C’est vrai qu’il a, quasiment en solitaire, introduit la restauration de masse dans notre beau pays bien cocardier : il a introduit Wimpy (« l’ancêtre » de Mac Do) en France au début des années soixante, contribué au développement des cafétérias à peu près à la même époque et développé les premiers restaurants d’autoroute (qui portaient son nom). Moins connu, il a également lancé voilà 40 ans le fameux Ticket-Restaurant dont on loue encore aujourd’hui les avantages. Ne permet-il pas aux employés de pouvoir bénéficier d’un « chèque repas » subventionné par les entreprises ? Ces dernières années, il n’a eu de cesse de se battre auprès des dirigeants du parlement européens pour une baisse de la TVA dans le domaine de la restauration ; réforme enfin passée il y a peu en France.
Jacques Borel a certes dégradé la belle image de notre gastronomie, mais il a répondu de manière toujours innovante aux attentes du consommateur français « moyen » en lui fournissant des solutions pour pouvoir manger vite et pas trop cher. Il suffit de voir aujourd’hui l’importance de la restauration rapide et hors domicile pour comprendre que l’homme était en avance sur son temps. Il serait bon que son image soit redorée afin que l’on ne garde pas de lui que l’image des poulets synthétiques sortant de l’usine de M. Tricatel…
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